Les vases porte-bonheur

Vase Japonais

Cette semaine, une lectrice nous adresse pour estimation une paire de vases au décor caractéristique de la porcelaine du Japon, plus précisément de la province de Satsuma.

Une paire de vases au décor très coloré et aux motifs dorés représentant un personnage chauve assis devant une figure féminine auréolée aux traits asiatiques : pas de doute, nous sommes bien au Japon !

Ce sont là les caractéristiques typiques de la porcelaine nippone. La scène représentée est bouddhique. Un « arhat », moine au statut de saint dans la religion Zen, est agenouillé devant une déesse que les Japonais appellent « Kannon ». Cette divinité est protectrice, elle a la réputation d’être l’incarnation de la bienveillance. Ces vases sont donc un véritable porte-bonheur pour quiconque les détient. Il n’est en revanche pas certain qu’ils apportent la fortune car leur valeur reste modeste : de 30 à 40€ la paire.


Pourquoi des céramiques originaires d’un pays aussi lointain sont-elles aussi si peu cotées ?

Je vous invite à partir aujourd’hui en voyage dans l’histoire de l’artisanat japonais…

Le pays a fasciné l’Occident pendant des siècles, peut-être même davantage que la Chine, car il a connu une véritable fermeture de ses frontières – un confinement avant l’heure ! – durant plus de 200 ans. En effet, dès le XVIème siècle, les portugais commerçaient avec le Japon. Souhaitant asseoir sa puissance, le Portugal décida d’envoyer des moines jésuites pour convertir la population au christianisme. En réaction à cette ingérence, l’Empire du Soleil Levant, percevant la menace grandissante, décida de fermer le pays à tous les étrangers européens. Des siècles durant, le pays resta coupé du monde. Après un blocus maritime américain en 1853, le Japon abdiqua et s’ouvrit enfin à l’Occident.

"La production japonaise exerça une sorte de fascination chez les européens qui découvraient l’art raffiné et mystérieux."


De ce pays, aux traditions inchangées et au raffinement exceptionnel, un art « pur » à l’abri des influences extérieures. Présents aux expositions universelles, les riches occidentaux s’arrachèrent alors les céramiques exotiques aux couleurs encore peu maîtrisées dans l’art du feu européen. Les artistes, tels Van Gogh ou Monet découvrent les estampes japonaises et s’en inspirent dans leurs peintures. Une véritable japomanie s’empare de l’Europe et les bourgeois souhaitent décorer leurs intérieurs de céramiques et bibelots japonais. Les céramistes de la province japonaise de Satsuma comprennent vite la manne économique s’ouvrant à eux et décident d’organiser de manière industrielle la production pour inonder le marché. Au début du XXème siècle, la porcelaine de Satsuma est si populaire que les Chinois la copient. On voit donc apparaître les premières mentions « Made in Japan » sous la base des céramiques japonaises pour garantir leur provenance. Peu à peu, cette céramique perd en qualité à mesure que la production s’intensifie et se mondialise. Les visages des personnages sont moins fins, le décor est plus rapidement tracé. On accentue le côté clinquant de l’émail doré et les autres caractéristiques stylistiques pour que les céramiques soient immédiatement identifiées comme japonaises – et donc exotiques – par les consommateurs européens. 

C’est le cas pour les vases qui nous intéressent ici. Ils appartiennent à un style des années 1920-1930 et sont retrouvés très fréquemment dans les maisons françaises.

Pour des prix plus importants, il faudra se tourner vers d’autres centres du pays du soleil levant. En effet, bien que les enchères millionnaires soient moins fréquentes dans l’art céramique japonais que celui chinois, le pays a connu des périodes très fastes.

"C’est au Moyen-Âge que les seigneurs de guerre japonais ont fait venir des potiers de Corée pour amener la technique céramique dans l’archipel."

Le Japon est aujourd’hui connu pour les « raku », ces bols en grès vernissé qui servent à boire le thé -la cérémonie du thé étant au centre de la société traditionnelle japonaise-. Mais, ce sont surtout les porcelaines colorées qui transitaient par le port d’Imari qui étaient collectionnées par le passé. Produites dans les fours d’Arita, ces pièces blanches, rouges et bleues très raffinées sont malheureusement moins cotées de nos jours, mais peuvent encore faire de beaux prix. Quant aux décor dits « Kakiemon » ils sont plus raffinés encore et ont pour caractéristique aux beaux tons rouge-orangé, rappelant la couleur du fruit national japonais : le kaki.